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BASS & DRUMS

by Christophe Rossi

Fall '88

 

    Stuart Hamm surprend par sa technique phenomenale et sa simplicite. Quant a Jonathan Mover, son eclectisme et sa capacite de s'adapter a n'importe quel contexte musical en font un precieux allie de Joe Satriani. Le trio du guitar hero des annees 90 inaugure avec cette rythmique un nouveau genre : le hard rock fusion.


    Comment avez-vous rencontre Joe Satriani, et pourquoi vous a-t-il choisi pour sa derniere tournee ?

    Stuart Hamm: En 1983, Steve Vai m'a demande de venir le rejoindre a Los Angeles pour enregistrer l'album "Flexable". Nous avons ensuite joue avec le groupe The Classffied.Cliff Cultriri, le producteur de Joe Satriiani, vint a tous nos concerts. Puis j'ai rejoint Steve a Atlantic City, avec le groupe Alcatrazz. Par la suite, je me suis rendu compte qu'une sorte de mythe s'etait cree autour de "Flex-able". J'ai invite Cliff a venir voir mon groupe pour le convcaincre de la valeur de notre formation, et finalement j'ai signe avec lui mon premier album sur lequel j'ai eu le plaisir d'inviter Joe Satriani. J'ai eu beaucoup de chance ! Par la suite Joe est devenu de plus en plus celebre et m'a contacte a son tour. Il m'a envoye les cassettes de ses compositions, et il a fait de meme avec Jonathan Mover.

    Jonathan Mover: J'ai rencontre Satriani a Hoshino, au Japon, la ou on fabrique les batteries Tama et les guitares Ibanez. Nous avons sympathise et il m'a propose de faire un gig avec Steve Vai, Stu Hamm, et lui au Namm Show de Chicago.
    S.H. A Chicago nous n'avions que cinq minutes avant de monter sm scene pour la balance. Nous n'avions jamais travaille ensemble, mais les morceaux devinrent de mieux en mieux et nous faisions de formidables improvisations, ce que j'apprecie le plus.

    Est-ce diffiicile de travailler avec Joe Satriani?

    J.M. Non, c'est tres facile et tr6s naturel. Nous n'avons jamais vraiment repete comme un vrai groupe. On se reunit sirnplement et apparemment Joe est satisfait de notre travail depuis trois ans.
    S.H. Oui, c'est super de jouer avec Joe; des qu'il prend un solo, il y a une sorte d'interaction presque jazz et il me laisse la possibilite de m'experimer musicalement, comme je le ressens.

    Jonathan, je suppose que toi aussi tu es tres libre d'arranger les parties que Satriani programme sur les boites a rythmes pour ses albums ?

    J.M. Sur son dernier album les machines sont tres droites et les rythmiques simples. Joe souhaite conserver ce feeling mais il me laisse de 1'espace pour bouger.

    J'ai remarque que dans Ice Nine, le final est desormais en 12/8.

    Je cherchais de nouveaux plans et j'ai tente ce phrose en triolets a cheval sur la mesure. Le lendemain Stu l'a joue avec moi et ca a plu a Joe. C'etait plus musical que le beat rock initial.

    Stuart, avant cette tournee tu faisais pas mal destudio ?

   S.H. Le travail de studio se revele tres ferme a Los Angeles, il est reseve a quelques musicians qui font tout : Neil Stubenhaus, Nathan East, Tirn Landers...Mon seul souhait : prouver que je suis capable de jouer aussi bien un air country, qu'une chanson rock... tout en restant moi-meme,
   J.M. J'apprecie beaucoup les batteurs de studio qui savent conserver leur personnalite, comme Andy Newmark ou Terry Bozzio. On peut les retrouver sur une dizaine d'albums par an et les reconncatre des la premiere mesure, et, en plus, on les voit en tournee. C'est le genre d'existence que j'aimerais mener.

    Stuart, tu comptes des album solo a ton actif. Le dernier fut enregistre au studio de Steve Vai. Comment composes-tu et comment definis-tu ta musique?

    S.H. Ma musique n'est pas tres denfinissable; ce n'est ni de lai fusion, ni du rock. Quand une musique me trotte dans la tete, j'harmonise la melodie, puis j'ajoute le rythme, la guitare, le piano... Je m'inspire d' histoires entendues, de livres lus et la musique correspond a l'emotion que je ressens. Mais Jonathan a aussi des projets en solitaire...
    J.M. Je prepare un album. Je travaille dessus depuis deux ans. A cause des tournees, je ne m'y consacre que partiellement, il me faudrait encore trois mois pour achever 1'enregistrement. Joe et Stu sont de la partie. Ce sera de la fusion avec une basse et un guitcare tres rock. Un peu comme une rencontre entre Satriani et Zappa.

    Stuart, dans quelles circonstances as-tu appris jouer de la basse ?

   S.H. Tres jeune j'ai appris le piano classique, la flute et le hautbois lorsque je vivais avec mes parents en Illinois. C'est dans cette region que j'ai fait mes premieres armes et decouvert le jazz. Au colleqe, j'ai joue dans l'un des meilleurs big bands des Etats-Unis. C'est a cette epoque que je me suis vraiment interesse a la basse; auparavant je faisais plutot du rock avec des copains du lycee. J'ai eu ma prerniere basse en 1974. Ensuite, en1975, j'ai acquis une Fender Jazz bass. A seize ans, j'ai poursuivi mes etudes a Boston dans une ecole de musique : j'y jouais beaucoup de jazz. Apres avoir passe mon bac en 78, je suis parti au Berklee College of Music, ou  j'ai rencontre Steve Vai .Apres un an a Berklee, j'ai joue avec des musicians classiques, des groupes de jazz et de verietes.

    Tu es donc passe par toutes les musiques. Quels furent tes bassistes preferes ?

    J'ai beaucoup ecoute Chris Squire de Yes pour son approche moderne du son de la basse, John Entwistle des Who pour son sens melodique,et, maintenant que j'y pense, Paul McCartney etait egalement un merveilleux bassiste. Ensuite, Stanley Clarke m'a beaucoup influence, je voulias jouer plus vite que lui et devenir le bsistl le plus rapide du monde. Et puis le 8 novembre1978, j'ai vu Jaco avec Weather Report, et ma vie a change! Ce soir-la, ce fut la nuit la plus importante de ma vie. Ce la ne m'empeche cependant pas d'apprecier les innovations de Bill Laswell et du grand Marcus Miller. J'airne aussi bien sur Billy Sheehan, bien que je n'ai pas encore pu le voir une seule fois sur scene.

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    Et toi Jonathan, quelle formation as-tu suivie ?

   J.M. Je dois tout a Gary Chaffee, un prof de Boston a l'origine du Linear Concept. Il a enseigne a Vinnie Colaiuta, Kenwood Dennard, Steve Smith, Simon Phillips. J'etudie avec lui depuis 1982.

    Peux tu nous parler de ce Linear Concept ?
    C'est simple : une note egale une voix. Il ne faut jamais jouer deux coups simultanement et le travail est base sur les doigtes et la juxtaposition, et la combinasion  de phrases. Cette technique apprcait determinante sur mes drum fills et mes tourneries. J'ai egalement etudie la percussion classique et beaucoup travaille en ecoutant les discques.

    Tu joues egalement de la basse. Dans quelle mesure cela te sert-il dans ta relation avec les bassistes ?

   Cela m'aide a comprendre la part melodique d'une rythmique. De sucroit, si j'entends une melodie, je peux facilement la rejouer au glockenspiel, ou au vibrcphone par exemple, et la transcrire. De meme, je peux prendre une guitare et suggerer des idees a Joe Satriani. Dans ce trio, nous parlons tous les trois le meme langage. 

    Stuart, te considere-tu comme un bourreau de travail, ou bien as-tu atteint un niveau qui te permette de te reposer sur tes lauriers ?

    S.H. Je travaille quotidiennement des solos et des morceaux de John Pattucci ou de Jeff Berlin, des standards aussi. Et bien sur, le traveil sur scene avec Joe me fait enormement progresser. C'est un veritable technicien de la musique. Je n'ai aucun prejuge contre les styles de musiques et cette sorte de hard rock fusion me plait beaucoup.

    Et toi Jonathan, quels sont tes methodes preferees?

    J.M. Celle de Gary Chaffee bien sur, J'utilse egclement le Stick Control, comme tout le monde. Pour la lecture, le livre de Louie Bellson, Concept & Rhythm in 4/4 Time, est tres utile. Enfin le conseille a tout le monde de jeter un coup d'oeil a Four Way Coordination de Dahl Green et Elliot Fine : ce bouquin traite tres bien de l'independance sur toute la batterie.

    L'independance, c'est un domaine ou tu excelles...

    Je me suis habitue a jouer croise et decroise - avec la ride a gauche et le charley au niveau de la caisse claire, comme Cobham et Simon Phillips. Cette derniere approche s'avere pratique lorsque j'ai une grosse batterie, avec beaucoup de toms, l'acces est plus aise. J'adapte toujours mon set de batterie au style de musique que j'aborde.

    Tu as definitivement adopte la double grosse caisse?

    Non, je ne m'attache pas a une configuration precise, j'aime changer. On a souvent cru que je disposais d'une double pedale sur mon set fusion avec une seule grosse caisse; il n'en etait rien. Je joue avec la pointe du pied, en "skipping", en le faisant glisser sur la pedale. Je peux ainsi doubler, tripler, voire meme quadrupler les coups en faisant flotter la semelle. Ma pedale est une vulgaire Flexi Flyer Tama, un modele bon marche. Je ne suis pas d'accord avec les batteurs qui s'entrainment sur une pedale tr6s dure pour se muscler la cheville; tout comme ceux qui s'exercent avec de grosses baguettes bien lourdes. J'ai meme plutot tendance a choisir des baguettes plus fines, juste pour m'echauffer.

    Stuart, as-tu une technique particuliere pour travaillier les solos et le tapping ?

    S.H. Faire un solo, c'est comme parler. Il suffit de faire passer l'emotion dans les doigts, afin de transmettre un message. J'essaye de jouer comme je parle ou comme je chante et quand je parviens a faire les deux a la fois, c'est le tapping : une main joue et l'autre chante. Au depart la coordination semble tres difficile, mais si je possede suffisament bien la ligne de basse, je peux me concentrer sur le chant et synchroniser les deux. Ensuite seulement je pense aux deux en meme temps. Je peux dire que je suis parvenu a une independance practiquement totale des deux mains. Je peux jouer un rythme syncope - en general de la main gauche - et improviser dessus de la main droite. Quand je m'exerce je cherche quelque chose qui   me semble impossible a jouer; c'est pour moi le cote excitant du travail. J'essaye lentement, heure apres heure, jour apres jour jusqu'a ce que ce que les difficultes soient vaincues et que mon esprit et mes doigts aient tout memorise. C'est comme un nouveau mot de voccibulaire qu'on veut retenir et qui permettra de faire de nouvelles phrases. Ce qui est super c'est que lorscu'on y est parvenu, on sait que ce n'est que la partie visible de l'iceberg et qu'il faudra s'attaquer a tout le reste. Par exemple la Sonate au clair de lune de Beethoven m'a demande six mois de travail (pour les triolets et le pouce).

    T'inspires-tu des grands maitres du tapping ?

    S.H. Evidemment je possede les cassettes de Billy Sheehan, l'album "Talas" en particulierment, et je connais tous ses solos de basses. Mais c'est un peu comme avec le guitariste Stanley Jordan, je ne l'ai pas encore vu sur scene car je crains d'etre trop influence. Je n'ai pas la pretention de comparer mon jeu au leur, mais il est plus satisfaisant de travailler sa technique et de vaincre seul les difficultes. Quand on a compris une phrase, il faut essayer de la redire avec son propre vocabulaire.

    Vous avez tous deux une facilite deconcertante pour aborder n'importe quel style musical. Quel genre de musique ecoutez-vous ?

    S.H. J'aime beaucoup Debussy. Le Claire de lune m'emeut particuleirement, et j'aime Parsifal deWagner. J'ecoute aussi souvent Gershwin. D'autre part, mon frere aine a etudie la musique hindoue et joue une sorte de sitar fretless. Cette musique est pure emotion, et me bouleverse reellement.

    J.M. J'ecoute beaucoup Pink Floyd - je suis un fan de Roger Waters - Roxy Music et Zappa, la periode 70's. En fait, je n'ecoute pas beaucoup de musique actuelle, je suis reste coince sur les annees 70, une periode tres creatve.

   Avec Satriani vous semblez combles, mais avec qui d'autre reveriez-vous de jouer ?

    S.H. Mon reve serait de jouer avec Miles Davis, je crois toutefois que je detesterais toute la mayonnaise qu'il provoque. Quand je suis venu la premierre fois a Los Angeles, j'ai passe des auditions pour Frank Zappa, Gino Vannelli, Allan Holdsworth, Jean-Luc Ponty... Mais je n'ai rien obtenu. Peut-etre n'etais-je pas assez convaincu de mon potentiel.

   J.M. Pour moi, le reve serait de rencontrer RogerWaters et Bryan Ferry. Mais je n'ai pas trop a me plaindre, je joue avec les meilleurs musicians de la nouvelle generation et je reste optimiste pour les annees 90.

    Et Stuart, comment imagines-tu ton avenir, dans dix ans par exemple ?

   S.H. J'aimerais tourner, faire mes albums... et continuer a avoir un peu de succes. Je voudrais faire de la musique pure et non du business, car l'evolution musicale des bassistes est interessante aux Etats-Unis, et j'espere en faire partie.

 

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